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Pour un contrôle démocratique urgent de la politique internationale

Aux candidat(e)s à l'élection présidentielle française :

A l'heure de l'élection présidentielle, les relations internationales sont dramatiquement absentes de la campagne que mènent les prétendants à la présidence. Ils semblent tous s'accommoder du désordre du monde et de l'impérialisme du plus fort. Nous devons choisir la/le candidat(e) la/le plus apte à mener une politique internationale fondée sur une réelle égalité des peuples et des individus.

Le peuple palestinien continue aujourd'hui à subir un long martyr sous les violences déchaînées d'Israël. La répression dont il fait l'objet depuis 1948 culmine actuellement dans la rage exterminatrice du gouvernement israélien encouragé en toute indécence par les États-Unis. Pourtant la cause palestinienne est juste et elle est reconnue comme telle. Contraints par la communauté internationale à renoncer à une partie de leur territoire au profit de l'État d'Israël, les Palestiniens, aujourd'hui résignés à cette amputation, ne formulent que des revendications fondées sur le respect du droit international : sur le plan individuel, respect des droits reconnus à tous les humains en vertu des grandes conventions et déclarations sur les droits de l'homme, respect du droit humanitaire tant qu'il y a occupation militaire de leur territoire, parallèlement exigence de leurs droits nationaux collectifs, fondée sur le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, devant conduire à la libération des territoires occupés, au droit de haut de page des réfugiés, et à la construction d'un État palestinien.
Quel appui apporte la France et quel soutien accorde l'Europe à ces justes revendications? Quelles mesures proposent les formations politiques françaises pour sauver un peuple en danger de mort ? Ont-elles fait leurs les amalgames de la propagande américano-israélienne assimilant tout un peuple et ses dirigeants légitimes à ces éléments désespérés de la population qui, dans des gestes condamnables, mais incontrôlables tant que la route de l'espoir est obstruée, entraînent dans leur mort des civils . Par quelle insulte à la bonne foi et au bon sens peut-on à la fois bombarder et réduire à néant les infrastructures palestiniennes de sécurité, massacrer et rafler les civils et condamner Yasser Arafat pour ne pas être capable de maîtriser les actes terroristes? On s'est indigné de l'éventualité de la livraison d'un bateau d'armes à la Palestine. Mais qui arme Israël? Quelle est la coopération militaire française, européenne avec Israël? Sommes-nous complices de l'usage fait de ces armes? Avons-nous le droit de savoir? Ce qui se déroule sous nos yeux n'est pas une guerre puisqu'il n'y a pas deux camps de combattants. C'est le massacre d'une population de civils exposée sans défense à une armée surpuissante et suréquipée. Ne voit-on pas qu'en sauvant le peuple palestinien, l'on sauvera aussi le peuple israélien sombrant dans une violence mortelle pour lui-même et à travers laquelle il met en péril sa propre sécurité?

Le peuple irakien survit depuis onze ans dans des conditions infra-humaines. Si le gouvernement irakien s'était livré en 1990 à des actes inadmissibles du point de vue du droit qui doit régir la communauté internationale, la guerre menée en réponse a été elle-même contestable par le peu de cas fait des prescriptions du chapitre VII de la Charte des Nations unies, par les armes employées, par les atteintes faites aux civils. Depuis avril 1991, un embargo condamnable succédant aux opérations militaires a causé directement ou indirectement la mort de plus de 600 000 enfants irakiens et a paralysé la société irakienne. Les modalités de cet embargo ont été définies dans le mépris des droits des populations civiles. La cause de cet embargo n'est aujourd'hui pas justifiable, si ce n'est qu'elle repose sur l'arbitraire des décisions du Conseil de sécurité. Quelle règle du droit international applicable à tous les peuples de la terre est au fondement de ces mesures drastiques qui privent un peuple de conditions de vie minimum? Détenir des armes parmi les plus massivement meurtrières n'est malheureusement pas interdit et tout gouvernement ou groupe qui en détient est potentiellement dangereux. Ils devraient donc tous être châtiés? La France a fait savoir de manière sporadique et atténuée qu'elle n'était pas favorable à la poursuite de cet embargo, quelles mesures propose-t-elle pour le faire cesser?

Le peuple tchéchéne est aujourd'hui victime d'une répression massive et sanguinaire de l'armée russe. La guerre menée contre lui par le pouvoir de Moscou est l'occasion de tortures, massacres, viols de masse, exécutions sommaires, dénis des droits d'un peuple, opérations policières de grande envergure et contrôle quasi-total des médias pour empêcher que sa voix ne soit entendue. La Russie est membre du Conseil de l'Europe, organisation fondée sur une vision commune des droits de l'homme. Elle bénéficie dans tous les domaines d'accords de coopération commerciale, économique et financière. La France, l'Europe, sont-elles donc indifférentes aux crimes de guerre, aux crimes contre l'humanité perpétrés en Tchéchénie? Approuvons-nous la politique pratiquée par le pouvoir russe contre les Tchéchénes? Sinon quelles mesures prenons-nous?

Le gouvernement de Georges W. Bush a déclenché après les attentats du 11 septembre une guerre internationale contre le terrorisme dans laquelle il a exigé l'implication de tous les États. La France s'y est engagée, notamment par son aviation et les différents pays de l'Union européenne y participent. Cette guerre a eu pour effet, une implantation américaine en Afghanistan et dans quelques autres États de la région, des bombardements aveugles, de nombreuses victimes civiles, de graves atteintes aux libertés publiques dans le monde entier, des arrestations dans des conditions inacceptables par les autorités américaines, et des conditions de détention pour les prisonniers de Guantanamo fondées sur des pratiques inhumaines et dégradantes en attendant qu'ils soient livrés à une justice d'exception. Avant de s'engager dans cette alliance, la France et l'Union européenne se sont-elles assurées de la véracité des indications fournies sur l'origine des attentats? Les éléments communiqués étaient-ils suffisants pour conduire à notre implication dans une guerre? Avons-nous été pleinement informés sur les liens entre les auteurs de ces attentats et les réseaux soupçonnés de les avoir soutenus? Pourquoi n'y a-t-il pas de débat démocratique sur ces questions? Quel est l'objectif poursuivi par cette guerre et cet ensemble de mesures? Quelles sont les chances de réaliser cet objectif?

Les affaires judiciaro-financières qui pèsent sur la vie politique française sont en lien étroit avec les réseaux France Afrique, notamment à travers les intérêts pétroliers ou ceux des marchands d'armes. Par ailleurs la coopération avec ce continent, mais de manière plus large avec les pays en développement, a connu depuis les indépendances une évolution malsaine et critiquable, à travers laquelle les aides publiques ont connu une chute importante en même temps que les phénomènes de corruption s'amplifiaient. Les gouvernements français et européens sont-ils incapables de construire une politique de coopération alternative?

Nous, simples citoyens, demandons que ces questions (qui ne sont pas exclusives d'autres questions internationales, car nous n'avons recensé ici que quelques cas parmi les plus emblématiques) fassent irruption dans la campagne électorale et que les candidats ne s'y dérobent pas.

Oui, nous voulons sauver le peuple palestinien. C'est pourquoi, il faut exiger du Conseil de sécurité des mesures de sanctions contre Israël qui se livre impunément à une agression assortie de crimes de guerre et d'un véritable crime contre l'humanité en cherchant à exterminer le peuple palestinien et à détruire les racines de son mouvement national. L'accord de coopération commercial entre l'Union européenne et Israël doit être impérativement suspendu et la proposition du Prince Abdallah d'Arabie Saoudite fortement soutenue.

Oui, nous voulons sauver le peuple irakien. C'est pourquoi, il faut que la France et l'Union européenne exigent la levée de l'embargo contre l'Irak, réouvrent leurs lignes aériennes avec ce pays, et amplifient les relations de coopération pour aider ce peuple à se relever.
Oui, nous voulons sauver le peuple tchéchéne. C'est pourquoi, il faut briser la conspiration du silence qui s'est établie autour du massacre organisé de cette population et remettre en cause la participation de la Russie au Conseil de l'Europe.

Non, nous ne voulons pas que la qualification de terrorisme soit employée par les plus puissants pour étendre leur domination et couvrir les crimes d'État.

Oui, nous voulons inventer une autre politique internationale, solidaire et ouverte.
L'aide publique au développement doit devenir une priorité nationale et européenne assortie d'un calendrier contraignant.
Le destin tragique des Palestiniens abandonnés de tous, mais aussi le destin non moins dramatique des autres peuples dominés ou exploités, rendent ces exigences impératives.

Nous appelons les électrices et les électeurs à exiger des réponses à ces questions et à refuser que la politique internationale échappe à tout contrôle démocratique et soit complice d'un impérialisme de plus en plus menaçant.

Monique Chemillier-Gendreau
Catherine Lévy
Patrick Mony

Merci adresser votre signature à cicg@free.fr

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