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"Un contingent européen à Ramallah, et la guerre s’arrête !"

Interview de Claude Cheysson propos recueillis par Hervé Bontégeat, Le Figaro, mardi 9 avril 2002

En 1983, la France montait une opération commando pour " exfiltrer " Yasser Arafat encerclé par l’armée israélienne à Tripoli. Claude Cheysson était alors ministre des Relations extérieures. Il déplore la passivité européenne dans l’actuel conflit israélo-palestinien.

Le Figaro Aujourd’hui assiégé à Ramallah, Arafat se trouve dans la même situation qu’en 1983. Bien que le contexte ne soit plus du tout le même, tenteriez-vous le même coup de main si vous étiez aux affaires ?
Claude Cheysson — Je ne sais pas. A l’époque, nous avons envoyé un bateau dans les eaux territoriales libanaises, sans demander l’avis de quiconque, et fait débarquer un commando à Tripoli.
Ce qui est sûr, en revanche, c’est que, sans l’ombre d’une hésitation, je militerai pour l’envoi d’une force française ou européenne d’interposition, comme nous l’avons fait au Liban il y a vingt ans… L’envoi d’un contingent composé initialement de Français et d’Italiens avait d’ailleurs précipité l’intervention des Américains sur place.

Le Figaro — Mais l’Europe, et a fortiori la France, a-t-elle les moyens et la crédibilité requise pour " faire tampon " entre les belligérants au Proche-Orient ?
Claude Cheysson — Les moyens de la France sont peut-être limités, ceux de l’Europe sûrement pas. Si des soldats européens prenaient position dans les zones de conflit, croyez-vous vraiment que l’armée israélienne ouvrirait le feu sur eux ? L’Europe aurait le droit international pour elle en faisant respecter l’inviolabilité de frontières reconnues entre Israël et l’Autorité palestinienne. Tout le monde admet aujourd’hui qu’il y a deux Etats dans la région. Si l’on envoie un contingent, la guerre s’arrête du jour au lendemain. Des troupes françaises ou européennes demain à Ramallah, c’est la paix sur le terrain et on peut recommencer à discuter. C’est très facile à monter. Je ne comprends pas pourquoi on ne le fait pas.

Le Figaro — Peut-être parce que les moyens de pression de l’Europe sur Israël apparaissent bien ténus. Aujourd’hui, seuls les Etats-Unis semblent être en mesure de pouvoir jouer un rôle…
Claude Cheysson — Détrompez-vous. L’Europe n’a pas la capacité de pression politique directe des Etats-Unis, c’est une évidence. Mais elle en a une autre, tout aussi redoutable. Israël est beaucoup plus dépendant de ses échanges commerciaux avec l’Europe qu’avec les Etats-Unis. Près de la moitié des importations d’Israël proviennent de l’Union européenne, contre moins de 20 % pour les Etats-Unis. Plus du tiers des exportations israéliennes sont à destination de l’Union. Le pays a un besoin crucial des investissements étrangers pour réduire le chômage, résultant notamment de la vague d’immigration russe. L’Europe a donc là un moyen de pression considérable.
J’ai été membre de la Commission eurorpéenne, chargé de la politique méditerranéenne et des relations Nord-Sud. J’ai eu l’occasion alors de prendre des sanctions à l’encontre de certains pays et je sais les conséquences terribles que cela peut engendrer.

Le Figaro — Mais sur quel motif la Commission pourrait-elle prendre des sanctions contre Israël ?
Claude Cheysson — Au motif qu’elle entrave les relations commerciales avec les Palestiniens. Israël a conclu un accord de libre-échange avec l’Union européenne. Si l’accord est suspendu, c’est-à-dire si le marché européen lui est provisoirement fermé, Israël ne peut pas vivre deux mois !

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