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Quelle politique de l'habitat à Marseille ?
Pour participer aux travaux de la Convention sur l'Habitat,
contacter Alain Fourest : fourest@conventioncitoyenne.com

1 Le contexte national

Tout d'abord quelques précisions sur les termes. La notion de droit au logement, n'est pas explicitement reconnue par la Constitution, mais diverses lois et surtout une jurisprudence de plus en plus précise ont reconnu le droit à toute personne, d'avoir un toit. On citera la loi BESSON sur le droit au logement de 1990 et plus récemment la loi contre les exclusions et la loi dite SRU (Solidarité et Renouvellement Urbain). L'ancien ministre du logement, Marie Noëlle LIENEMANN avait également développé la notion de "logement indigne" en multipliant les outils réglementaires susceptibles de réduire l'insalubrité.

La politique de la ville engagée depuis plus de 20 ans a mis en avant une notion complémentaire de droit à l'habitat. Cela signifie que chacun peut non seulement revendiquer un logement avec un minimum de confort mais aussi la possibilité d'accéder a des équipements collectifs proches comme l'école, le transport en commun etc. t au droit à la ville encore en devenir il s'agit de permettre le libre choix de son quartier et de son voisinage.

Or, depuis plus de 20 ans, malgré ces avancées incontestables sur le plan des principes, du droit, de la réglementation et des procédures, force est de reconnaître un dramatique bégaiement dans la mise en œuvre de ces principes. On constate en effet une ségrégation croissante entre trois groupes sociaux :

Une population urbaine qui grâce à des ressources élevées et régulières peut accéder à un marché du logement de plus en plus spéculatif.
D'autres aux ressources plus modestes ou incertaines doivent se contenter d'un habitat souvent inconfortable ou mal situé mais encore coûteux.
Enfin ceux que l'on nomme "les défavorisés ou encore les plus démunis" dépendent exclusivement de mécanismes d'urgence à bout de souffle et peu efficace.

Cette situation, pour le moins paradoxale, entre une avancée significative sur le plan des principes du droit et une réalité de plus en plus contestable, ne date pas hélas du changement politique du printemps 2002. On peut même dire que les deux Ministres en charge actuellement du dossier (Logement et Ville) ont, l'un comme l'autre un discours offensif qui, s'il est suivi d'effet pourrait, permettre de progresser vers moins d'injustice en matière d'habitat. Car le chemin à parcourir est semé d'embûches comme le montre la toute récente évaluation de la loi contre les exclusions. Ce rapport constate un accroissement des expulsions locatives et une mise en œuvre partielle et très insuffisantes de la loi. Cela explique les cris d'alarme lancés par le réseau associatif ALERTE qui regroupe toutes les structures associatives en charge des mal-logés et par l'abbé Pierre.

On peut également s'inquiéter des initiatives parlementaires et en particulier celles de sénateurs appuyés par Monsieur J.-C. GAUDIN, qui tentent de remettre en cause le fragile équilibre de la loi SRU obligeant les communes à construire un minimum de logements sociaux. Les projets du gouvernement quant à la décentralisation sont, dans un tel contexte, particulièrement inquiétants lorsqu'ils envisagent de confier aux maires la totale responsabilité de la politique du logement, du financement à l'attribution. Qui pourra alors se porter garant du droit au logement pour tous ?

2 le contexte local

La situation nationale décrite ci-dessus s'applique à Marseille de manière caricaturale depuis de nombreuses années déjà. On peut toutefois noter une sensible évolution depuis l'arrivée à la mairie de Marseille de J.-C. GAUDIN. Avant 1992, on peut dire qu'il n'y avait pas de politique du logement à Marseille mais simplement quelques mesures à caractère social ou clientéliste et une certaine régulation la spéculation et de la promotion privée par des règles d'urbanisme contraignantes. Dés son arrivée le nouveau Maire à mis en place une politique clairement affichée fondée sur trois principes : la libéralisation du droit à construire grâce à de nouvelles règles d'urbanisme favorables à la promotion immobilière privée, la réduction drastique de la construction de logements sociaux par le contrôle des permis de construire et des aides aux organismes sociaux et enfin la reconquête du centre ville sous couvert de lutte contre l'insalubrité, en utilisant, au profit des investisseurs privés, des outils d'exonération fiscales particulièrement attractifs comme le PRI. Les effets de cette politique ont mis quelque temps à se concrétiser sur le terrain, mais on peut aujourd'hui en mesurer les conséquences particulièrement néfastes pour l'équilibre de la ville.

3 L'envol de l'immobilier

Une récente enquête nationale dans un hebdomadaire sous le titre : Marseille les prix donnent le vertige (CHALLENGE du 30 octobre 2002) a fait apparaître que, Marseille détenait le record de l'augmentation de l'immobilier avec des taux de plus de 15 % en un an et des loyers qui s'envolent dans la plupart des quartiers, dans l'ancien comme dans le neuf. À titre d'exemple, le loyer d'un trois pièce dans les "beaux quartiers" se situe entre 620 et 900 c'est plus cher qu'à Lyon, Bordeaux ou Grenoble et même Aix-en-Provence. À l'évidence les ressources de la très grande majorité des Marseillais ne leur permettent pas d'accéder à de tels logements. Plus grave encore la densification systématique de l'espace urbain et la spéculation qui s'en suit entraînent l'asphyxie de certains quartiers en particulier dans le sud de la ville. Les habitants de ces quartiers commencent à découvrir à leur détriment les effets désastreux de cette politique du profit avant tout. On se rappellera ici les propos tenus par le directeur de cabinet du maire (propos qu'il a par la suite récusé) et qui se félicitait de voir se construire des logements à plus de 20 000 F le m2 aux catalans considérant qu'ainsi il y avait peu de chance que les futurs habitants soient des électeurs de gauche.

4 L'abandon de l'habitat social

Voilà déjà de nombreuses années que la construction sociale est en panne à Marseille. Les 22 organismes qui mènent chacun leur politique sans coordination et sans orientation politique se contentent, pour la plupart, d'une politique au fil de l'eau consistant à sauvegarder leur bon patrimoine de la "dégradation sociale" et de la mauvaise réputation en contrôlant très soigneusement les nouveaux arrivant avec la complicité active des élus et parfois des services publics. À ce titre la démolition de la partie la plus dévalorisée de leur patrimoine, fait office de politique de la part de plusieurs organismes et en particulier HMP sous la responsabilité directe de la mairie mais aussi de l'OPAC SUD, contrôlé par le Conseil Général ou encore de la Logirem ou de l'UNICIL contrôlé par le patronat local. À l'évidence la municipalité ne fait rien pour contrecarrer ces stratégies de désengagement, mais au contraire la soutient activement.

Cette situation explique le maintien depuis plus de quinze ans d'une demande insatisfaite d'environ 10 000 logements sociaux et par conséquent le rôle essentiel attribué au logement privé insalubre ou dégradé pour répondre à ces besoins en croissance. Les conséquences de cette inadéquation entre l'offre et la demande sont graves. Une grande partie de ces demandeurs se replient, faute de mieux, sur des logements ou immeubles en copropriété dont l'état de dégradation est plus que préoccupant. C'est bien sûr le cas de la cité Bellevue dans le 3° arrondissement pour laquelle des mesures d e sauvegarde sont en cours mais c'est aussi la situation de plusieurs dizaines de copropriétés dans la ville qui sont dans un état de déshérence avancée. Est-il besoin de rappeler que Marseille regroupe plus de la moitié des procédures dites de Plan de sauvegarde de toute la France ?

Quant à la politique de la ville sensée remédier aux déséquilibres urbains entre le nord et le Sud de la ville, il a y longtemps qu'elle ne sert plus qu'à calmer les impatiences des uns et des autres et en particulier des jeunes, grâce à des subventions sensées "recoudre le tissu social". Elles font d'ailleurs l'objet d'un clientélisme sans scrupule de la part de la droite comme de la gauche.

On pourrait ainsi multiplier les exemples des effets pervers d'une politique qui, malgré les discours, a pour premier résultat de renforcer une ségrégation sociale et géographique et rejeter dans la précarité et l'exclusion une partie grandissante de la population marseillaise. Lors d'une récente manifestation contre le projet de loi sur la sécurité, on a ainsi pu voir défiler dans la ville des centaines de jeunes qui se sont sentis directement concernés par la perspective de la criminalisation des squatters. Il s'agit là d'un phénomène qui se développe et dont personne n'ose faire état. Il y a fort à parier que cela concerne de nombreux quartiers de la ville.

Les pistes de travail

À partir d'un tel constat et devant la relative complexité d'un tel dossier, Il est proposé d'axer la réflexion collective de la Convention Citoyenne dans trois directions principales :

1 la recherche des responsabilités

C'est une tâche délicate mais essentielle. En effet, les mécanismes décisionnels actuels permettent à chaque institution de se renvoyer la responsabilité des erreurs et des insuffisances. Entre l'État, la municipalité, les organismes logeurs ou les propriétaires privés, il est bien difficile de trouver un responsable. Il est donc proposé de tenter de clarifier cet aspect du dossier en analysant le fonctionnement des principaux organismes HLM et leur stratégie d'action. On s'appuiera pour se faire sur la documentation existante mais aussi sur des contacts avec les professionnels et les usagers.

2 le logement insalubre ou indigne

C'est hélas une des caractéristique de cette ville d'avoir un important patrimoine de logements qui ne correspond plus au minimum admissible. Marseille, quoi qu'on en dise, compte encore un nombre significatif de bidonville ou de quasi-bidonville. Aucune étude exhaustive sur ce sujet n'est pour l'instant disponible, mais le recensement de 1999 met bien en lumière cette situation. L'habitat indigne c'est à la fois des cités d'urgence à bout de souffle et qui auraient dû disparaître depuis 30 ans déjà ; c'est une partie du parc social laissé à l'abandon ; ce sont un nombre croissant de copropriétés dites dégradées ; c'est enfin une partie du parc privé du centre ville. Il convient d'avoir une image la plus précise possible de cet état des lieux et de mettre en lumière l'absence ou l'insuffisance d'une politique cohérente dans ce domaine.

3 La mixité urbaine

Ce concept un peu flou (certains diront idéologique) fait, depuis quelque temps, l'objet de multiples prises de position, débats et textes législatifs. Dans les mois qui viennent, il faut s'attendre à de belles empoignades ! ! Pour certains Il faut lutter contre les ghettos urbains et démolir les barres et les tours. Pour d'autre il faut préserver la ville contre les indésirables et maintenir un équilibre fragile. Entre les quartiers, les villes. Par-delà ; les slogans et les idées reçues ce sujet mérite une réflexion collective sérieuse afin d'éviter toit malentendu et toute désillusion. SI la mixité c'est attirer des " couches moyennes " dans les quartiers Nord ; pourquoi pas ? mais comment y parvenir ? La mixité pourrait aussi consister à construire des logements sociaux en grand nombre dans les quartiers préservés du Sud de la ville ! á On voit rapidement les limites de l'exercice et la nécessité dune stratégie plus réaliste pour faire avancer le droit à la ville pour tous.


Cette note prétend seulement être une première étape dans la démarche que la Convention citoyenne se propose d'engager dans les prochaines semaines.

Pour participer aux travaux de la Convention sur l'Habitat,
contacter Alain Fourest : fourest@conventioncitoyenne.com

Marseille le 16 novembre 2002

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