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Questions à Philippe San Marco - 28/08/2013

Defferre, un homme d'autorité



Questions à Philippe San Marco – Août 2013

M-F Bulteau-Rambaud - « La vie politique marseillaise des 60 dernières années: maires ou pères?»

M-F B-R : Que vous inspire le titre du journal Libération du 8 mai 1986 « Defferre est mort : Marseille perd père et maire » ?

Libération s'est fait depuis longtemps une spécialité des titres réducteurs qui résument un article avec plus ou moins de bonheur mais permettent aussi souvent l'économie de l'analyse. En l'occurrence, au-delà des fonctions de maire de Marseille, ce titre fait référence au statut très particulier que Gaston Defferre avait acquis dans notre ville qu'il a marquée pendant plusieurs décennies de sa forte personnalité. Mais le qualificatif de "père" me parait erroné. Il renvoie à une conception paternaliste de la politique que Gaston Defferre avait en horreur. C'était un homme d'autorité, ce qui est bien différent, qui avait dû sans cesse et toujours avec difficulté s'imposer dans une ville complexe qui n'est jamais dominée ou soumise. On ne comprendrait pas cette page de notre histoire si on la percevait comme le résultat d'une gestion paternelle et paisible, quasi affectueuse, alors qu'elle fut le fruit d'un rapport de force constant, quotidien, dur, qui ne fut jamais fondé sur la séduction mais toujours sur l'efficacité fut-ce au prix de la brutalité. "Patron", "chef", seraient des mots qui désigneraient mieux le contenu de la fonction exercée par Gaston Defferre. Il semblerait  que ce soit ce dont cette ville ait besoin, ce qui lui manque tant aujourd'hui où chacun se croit autorisé à faire ce qu'il veut.

M-F B-R : Vous avez été considéré comme un dauphin, un successeur potentiel, un fils spirituel de Gaston Defferre. Après vous avoir confié les clés de la Ville en tant que Secrétaire Général, il a fait de vous son suppléant, et vous êtes devenu Député en 1981, alors qu'il redevenait Ministre. Mais vous, l'avez vous considéré comme un père, un mentor, un maître?

Je récuse les mots de "dauphin", de "fils spirituel", de" successeur potentiel" qui n'ont jamais été employés ni par Gaston Defferre ni par moi-même. Ce ne sont que des constructions, des extrapolations et je ne me situe pas par rapport à elles, ni à ce qu'elles véhiculent. Mais je revendique volontiers une grande proximité avec Gaston Defferre, faite pour ma part d'admiration, de respect et d'affection. Mon père et lui se connaissaient bien et s'estimaient, ils avaient chacun leur place dans mon panthéon personnel, et je ne pouvais en aucun cas les confondre. "Mentor", selon la définition du petit Larousse illustré, oui, certainement, mais seulement en matière d'action politique locale. Car ce terme ne doit pas occulter le fait que Defferre avait fait appel à moi pour travailler auprès de lui d'abord comme secrétaire général de la mairie puis d'une manière ou d'une autre, sous des titres divers, pour l'aider dans la gestion de la ville. Dans ces fonctions, et au vu ce qu'avaient été ma formation et mon expérience professionnelle, j'étais considéré comme un expert dont il pensait avoir besoin. Dans ce cas, le terme de mentor est inapproprié. "Maitre", surement pas. C'était mon patron et j'étais heureux de travailler avec lui au service de ma ville. Mais je suis toujours resté libre et j'aurais aussi pu faire autre chose, ailleurs. Nous le savions l'un et l'autre.

M-F B-R : Selon vous quelles sont les qualités que Gaston Defferre a apprécié chez vous? Est-ce vos différences qui vous ont rapprochés, vos parcours, vos formations?

Je ne pourrais pas répondre à sa place. Mais sans doute s'est-il exprimé là-dessus ? Je crois qu'il appréciait mes compétences professionnelles et ma capacité de travail, tout particulièrement celle à lui faire quotidiennement la synthèse de dossiers complexes ou de situations humaines délicates, avec chaque fois et sans attendre des propositions de solutions concrètes et sans démagogie, en tenant compte de l'intérêt général et des réalités de terrain. Je crois surtout qu'il appréciait ma loyauté. Il savait que je ne plierais jamais l'échine devant lui, que je garderais mon indépendance de pensée et de parole mais qu'il n'aurait jamais à craindre la moindre déloyauté de ma part.

Ce qui nous avait rapprochés c'était sans doute une certaine conception de la politique, du service public et surtout de la gauche, faite d'ambition dans les objectifs et de pragmatisme dans la méthode. Il était la seule personne à l'appel de laquelle j'avais répondu sans hésiter.

M-F B-R : Comment avez-vous vécu la candidature puis l'élection de Robert-P Vigouroux en 1986 suite au décès de Gaston Defferre? Comme un échec personnel ? Une mise à l'écart ? Une péripétie ?

En aucun cas comme un échec personnel puisqu'au contraire c'est moi, personnellement, qui ait œuvré pour aboutir à l'élection de Vigouroux dans une situation extrêmement compliquée. Et certainement pas non plus comme une péripétie. Mais bien comme une mise à l'écart. L'expression du rejet de certains  responsables politiques locaux qui avaient très mal vécu mon rôle auprès de Gaston Defferre et qui craignaient par-dessus tout que je continue l'action engagée pour sortir la ville de son passé, l'adapter aux exigences du temps présent, et lui préparer un avenir. Par sa violence cette réaction était en fait une formidable reconnaissance du travail accompli. Je l'ai donc d'abord pris avec humour pour un hommage de mes adversaires. Sans Gaston Defferre auquel ils devaient tout et devant lequel ils s'aplatissaient, les masques étaient jetés. Mais devant l'urgence et la gravité du moment j'ai immédiatement recherché la meilleure solution pour Marseille. Les choses étant ce qu'elles étaient j'ai pensé que Vigouroux serait le mieux placé pour assurer la suite de Gaston Defferre. La suite m'a donné raison. C'était cela seul qui comptait.

M-F B-R : Avec le CEMERS, puis aujourd'hui avec Convention Citoyenne, vous avez regroupé autour de vous des cercles de réflexion qui vous ont permis d'avoir une certaine liberté de parole et de pensée, afin d'envisager la politique autrement.

Comment jugerait-il selon vous votre élection sur les listes de Jean-Claude Gaudin en 2008 ? Comme une trahison ou comme une alliance d'idées aux côtés d'un homme avec lequel lui aussi il avait été élu en 1965 sur une liste d'union (Liste Defferre-Rastoin)

Je n'ai pas envie de rentrer dans ce genre de spéculations d'outre-tombe. Si Gaston Defferre avait été en état de juger ce que j'ai fait en 2008, il aurait aussi et surtout rendu impossible "la résistible ascension d'Arturo Ui", je veux dire l'incroyable emprise de JN Guérini sur la fédération socialiste des Bouches du Rhône et finalement sa candidature à la fonction de Maire de Marseille. Mais celles et ceux qui spéculent sur ce qu'aurait fait en 2008 quelqu'un mort 22 ans plus tôt pourraient plus aisément imaginer que devant la possibilité de l'élection de Guérini, Gaston Defferre se serait alors certainement "retourné dans sa tombe". Comment lui expliquer que les "socialistes" aient pu en arriver là ? Contrairement à toute son histoire, aurait-il sagement conseillé de s'y résigner et aurait-il cautionné cette mascarade ? Bref, de mon point de vue, un soutien à JC Gaudin en 2008 ne relevait ni d'une trahison ni d'une alliance d'idées mais du choix tactique d'un front républicain pour empêcher le pire que je ne cessais justement de dénoncer depuis des années. Je n'ai donc à aucun moment changé de convictions, j'ai fait face à l'urgence, devant la faillite locale du parti socialiste. Là encore la suite m'a donné raison. Imagine-t-on aujourd'hui JN Guérini maire de Marseille ? Il serait cruel de ma part d'insister et de rappeler à certains leur engagement d'alors. Au demeurant avoir raison avant et contre tout le monde se paie. Mais peu m'importe. L'alliance avec JC Gaudin a rempli sa fonction, celle d'empêcher JN Guérini d'être maire de Marseille. Le reste était secondaire. D'ailleurs cette alliance a été sans lendemain, car sur le fond et au-delà de la sympathie entre les personnes, nous n'étions pas d'accord sur grand-chose.

 M-F B-R : Si vous deviez me citer la qualité principale de Gaston Defferre ? Son défaut principal?

J'aimais son courage, sa dimension d'homme d'Etat. Il en avait fait preuve lors des accords de Munich qu'il avait condamnés contre la majorité de son parti, lors de la deuxième guerre mondiale lorsqu'il avait d'emblée refusé les pleins pouvoirs votés à Pétain par la majorité des parlementaires socialistes, puis encore lors de la guerre d'Algérie contre les ultras et l'OAS, et enfin comme ministre de la France d'Outre-mer qui a permis en Afrique subsaharienne une décolonisation sans drame excessif.

Je crois que ses éventuels défauts étaient tellement liés à ses qualités qu'il m'est difficile de faire le tri. Une très grande exigence vis-à-vis de chacun mais d'abord vis-à-vis de lui-même, une impatience à agir, un gout permanent de la victoire ce qui parfois, pour des enjeux mineurs, par exemple lors d'une course de voiliers, pouvait devenir pesant.

M-F B-R : La vie politique marseillaise des 60 dernières années aura été marquée par deux grands Maires : Gaston Defferre et Jean-Claude Gaudin. Vous les avez connus tous les deux en tant que partisan ou adversaire. Y-a-t-il selon vous des similarités entre eux? Dans leur manière de « pratiquer » la politique? Dans le rapport humain? Dans la difficulté manifeste pour l'un et l'autre d'envisager ou de préparer leur succession?

Une chose leur est commune : à l'un comme à l'autre une saine loi de non cumul des mandats dans le temps aurait simplifié les inévitables problèmes de succession. L'exercice de la fonction de maire de Marseille peut aussi conduire à des comportements extérieurs identiques car l'importance de la ville fait que son maire, quel qu'il soit, a un rôle national et doit tenir compte du fait que chacune de ses actions, chacun de ses actes, à une résonnance bien au-delà des limites communales. Pour le reste je vois surtout ce qui les différencie, ce qui les oppose. Certes l'un et l'autre ont été amenés à des opérations d'ouverture politique. Dans le cas de Gaston Defferre, ce type d'alliance était appelé à durer sur la base d'engagements politiques communs. Dans le cas de JC Gaudin, cela aura été sans lendemain, ce qui est très révélateur, lourd de signification. Surtout je ne crois pas que Gaston Defferre aurait toléré le démembrement légal des pouvoirs du maire de Marseille au point de rendre celui-ci impuissant, dépendant désormais d'une Communauté urbaine sans légitimité démocratique et à la gouvernance incertaine vers laquelle a été transféré l'essentiel des anciennes compétences communales et de l'Etat qui dirige l'établissement public Euroméditerranée responsable de quasiment tout ce qui se fait d'important en terme d'aménagement urbain. Gaston Defferre assumait toujours toutes ses responsabilités alors qu'aujourd'hui on peut, sans craindre le ridicule, mettre toutes les difficultés présentes sur le dos d'une personne décédée il y a des décennies. Je ne pense pas que JC Gaudin s'expose à ce type de reproche dans le futur.

M-F B-R : Pour terminer, auriez-vous un souvenir ou une anecdote particulière à me raconter sur Gaston Defferre?

Ne le prenez pas mal et il n'y a rien de personnel mais je préfère m'en abstenir. Je n'aime pas que le discours politique ait été remplacé par un concours d'anecdotes ou de bons mots.

 


 
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