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Conseil municipal de Marseille du 29 octobre 2001
Plan Marseille Emploi 2002-2006 : la reprise ne touche que les plus formés et les plus aptes au travail
Tahar RAHMANI - Je souhaite, par cette intervention, participer à l’évolution positive de l’emploi dans notre Ville et ainsi apporter modestement quelques propositions lisibles et opérationnelles.
Aussi, je ne m’étendrai pas beaucoup sur les points évoqués dans le présent rapport.
Vous nous dites qu’en cinq ans, le plan Marseille-Emploi a créé plus de 20 000 emplois de 1996 à 2001, soit 4 000 emplois par an.
Pour la période 2002-2006, l’objectif est la création de 4 000 emplois/an, soit la même chose que le précédent plan, alors que le rapport nous indique que ce chiffre représente le double des années 1996-2001. CHERCHEZ L’ERREUR !
Par ailleurs, pas de précisions vraiment sur les fameux 20 000 emplois de M. MUSELIER. Tout comme la fameuse Cité des Métiers annoncée de nouveau dans le rapport et dont on ne connaît ni la finalité, ni le calendrier de mise en œuvre.
Chacun sait que nous avons, malheureusement, le taux de chômage le plus important de toutes les villes de plus de 100 000 habitants, après Saint-Denis de la Réunion et Fort de France.
Un taux de Rmistes en hausse de 10 % (plus de 48 000) pour 78 000 dans les Bouches-du-Rhône, département le plus touché de France. Quand on sait qu’à peine 20 % d’entre eux sont inscrits à l’ANPE.
Enfin, si je puis dire, 138 000 Marseillais vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Vous l’avez compris, le chômage dans notre Cité, touche plus fortement encore les plus faibles d’entre-nous.
A contrario, la reprise ne touche, elle, que les plus formés et les plus aptes au travail.
Alors, comment agir ?
Je vous propose cinq pistes de travail tirées de l’expérience acquise d’acteurs de terrain et de réflexions d’experts dans le domaine de l’emploi.
Première piste – La concertation et la coordination des actions
Le titre retenu pour le nouveau plan me paraît tout à fait correspondre : Un Pacte pour le Développement de l’Emploi. C’est, pardonnez-moi, l’exact titre proposé par P. SANMARCO et moi-même dans le programme Marseille Capitale. Il y a comme ça des idées qui ne se perdent pas. Je m’en réjouis !
Il s’agit, avec les Chambres consulaires, l’U.P., les établissements publics, les principales associations d’aide à l’emploi, de finir un programme de développement économique pour l’emploi.
À l’initiative du Maire, autour de vous et avec vous, de repérer les écueils, les analyser et se donner les moyens de les attaquer dans une logique de concertations et de coordination évaluée régulièrement. Il faut donner à ce pacte un caractère d’autorité et de crédibilité sans failles.
Deuxième piste
On constate un décalage important dans la manière dont les entreprises abordent les quartiers, comprennent les interventions publiques et dont les services publics abordent les quartiers et comprennent les entreprises.
Les acteurs économiques sont très faiblement mobilisés directement sur le développement économique des sites en difficulté.
Et pourtant, dans au moins deux zones d’activités (la ZFU et Arnavants) des entrepreneurs ayant créé des associations locales, se montrent impliqués et font évoluer la perception du monde économique sur les quartiers.
Ils souhaitent une plus grande implication des collectivités et, particulièrement, de la municipalité.
Je vous propose la mise en place d’un Comité de Pilotage de Développement de l’emploi de secteur.
Il associera, outre ces associations d’entrepreneurs, votre représentant, les mairies de secteurs concernées, les acteurs locaux de l’emploi, les services de l’État et l’ANPE.
Ainsi, cette instance serait non seulement un véritable observatoire de l’emploi, un lieu de concertation, mais également d’impulsion locale de l’activité en faveur des populations visées.
Troisième piste
Promouvoir l’emploi des habitants des quartiers quand leur formation professionnelle, voire initiale, reste embryonnaire.
Il est nécessaire de mener avec les acteurs locaux de la formation, en liaison avec le Conseil Régional, dont c’est la compétence, mais également le PLIE, POLE 13, la Mission Locale, un travail de redéfinition des offres de formation.
Ce travail devra être accompagné d’une communication intensive en direction des jeunes populations concernées.
La Municipalité ayant connaissance des implantations futures des entreprises et de leurs besoins pourrait anticiper sur les offres, à l’instar de ce qui s’est fait récemment avec AOL.
Quatrième piste
Marseille est entré dans l’espace touristique français, dois-je dire Méditerranéen ?
Pour en tirer profit, il faut que la dynamique soit portée et mise en mouvement, car elle est génératrice d’emplois, de milliers d’emplois de proximité et de services. On peut consolider les activités commerciales et artisanales et participer à la création de centaines de petites entreprises dans ces domaines.
On nous dit que les jeunes aiment Marseille. Fort bien ! Mais où les loger ? Quelles auberges de jeunesse, quelles structures d’accueil ?
Avec un ratio de 5,4 chambres pour 1 000 habitants, contre 14,5 à Lyon, la capacité hôtelière phocéenne est dérisoire.
Je propose que, dans ce domaine précis, soit créée à l’échelle de la CUM, une direction pour l’accompagnement et la promotion des activités du tourisme, dotée de moyens conséquents pour faire face au défi.
Cinquième piste
Je ne peux conclure ces propositions sans parler du Port.
Il faut votre implication totale au sein de la communauté portuaire et participer au respect de la charte portuaire de 1998, négligée aujourd’hui.
65 % du trafic relève des produits pétroliers. Or, le trafic des produits finis en conteneurs est celui qui génère le plus d’activités et donc d’emplois !
Marseille ne représente que 5 % de l’ensemble des ports européens, quand Le Havre réalise, lui, une croissance de 150 %.
Il est nécessaire de favoriser l’accueil de nouvelles entreprises, particulièrement dans le transfert et l’entreposage qui sont créateurs d’emplois.
Quand en Méditerranée, les maires se mobilisent pour préserver et développer l’emploi portuaire, ici c’est le statu quo ! Quelle est votre position précise sur les grands dossiers d’actualité : la C.M.R, la S.N.C.M. ?
Nous ne sommes plus, Monsieur le Maire, au temps où la bourgeoisie locale se contentait de prélever la dîme sur les grands échanges commerciaux qui passaient par Marseille, car passage obligé !
Pour conclure, je vous dirai, Monsieur le Maire, que l’enjeu majeur aujourd’hui est de densifier la reprise, que le renouveau de Marseille ne soit pas conjoncturel mais durable et reposant sur l’effort politique local, volontariste et pas uniquement l’État et les investisseurs extérieurs. Là est votre défi et votre devoir est de le relever !
Je vous remercie.
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