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Conseil
municipal
de Marseille du 24 mars 2003
Pour
une véritable politique métropolitaine des
transports
Philippe
Sanmarco : Monsieur le Maire, chers
collègues, je formulerai quelques remarques d'ensemble
à l'occasion du vote du budget primitif de 2003.
1-La
loi impose ce débat sur vos prévisions budgétaires
: la majorité soutient votre projet de budget et
l'opposition le critique. Tout
le monde se satisfait de ce faux débat alors même
que nous savons que la réalité sera toute
autre. Il serait d'ailleurs intéressant,
et je me permets de vous faire cette suggestion, que nous
ayons un débat sur les comptes administratifs qui
retracent à la fin de chaque année la réalité
des chiffres de recettes et de dépenses de l'année
écoulée. Car ces comptes administratifs font
apparaître le décalage énorme qu'il
y a entre vos prévisions tonitruantes, ce que nous
votons aujourd'hui, et la réalité, qui est
tout autre.
Par ailleurs j'ai déjà eu l'occasion de dire
que, à la Convention Citoyenne, nous ressentons un
malaise entre le fait que, dans cette enceinte, soit organisée
avec tant de théâtralité une opposition
frontale entre majorité et opposition, alors même
que, dans quelques jours, à la Communauté
urbaine, les mêmes veilleront à ce que tous
les rapports, et singulièrement les rapports budgétaires,
soient adoptés dans un consensus sans contenu.
2-Ma
deuxième remarque porte justement sur le fonctionnement
de la Communauté urbaine. Vous avez plutôt
bien réussi, Monsieur le Maire, le démarrage
de cette institution nouvelle. Vous avez bien sur bénéficié
de la structure créée par votre prédécesseur,
M. Vigouroux. Vous avez certes également bénéficié
de la loi Jospin-Chevènement qui, cette fois-ci,
imposait enfin à tout le monde de se soumettre à
ce type de regroupement. Pour autant, rien n'était
gagné.
Vous avez plutôt bien réussi le démarrage
en faisant ce qu'il fallait faire c'est-à-dire rassurer
toutes les communes périphériques. Tout le
monde a désormais bien compris que cela n'a jamais
été de la ville-centre, Marseille, que venaient
les refus à la création d'une structure commune:
ces refus venaient nécessairement des communes périphériques
qui sentent bien que le poids (unique en France) de la commune-centre
par rapport aux communes périphériques leur
poserait dans un avenir proche la question du contenu même
de leur existence communale.
Pour autant, Monsieur le Maire, nous considérons
que vous n'êtes pas loin de la limite de cet exercice
où le consensus qui règne à la Communauté
urbaine n'est fondé que sur le fait que tous les
maires y sont associés sans qu'un contenu communautaire
vienne justifier ce consensus purement formel. C'était
certainement indispensable compte tenu de la nouveauté,
de l'histoire et du mode d'élection (que nous contestons
mais les choses sont ce qu'elles sont.) Il fallait certainement
passer par cette association consensuelle de tous les maires.
Pour autant,
la Communauté urbaine n'est déjà plus
et sera de moins en moins l'addition des communes. Croire,
comme certains le croient encore, que les maires se réunissent
pour faire comme avant, sauf que maintenant on le fait tous
ensemble, mène à une impasse. La Communauté
urbaine est porteuse d'une logique propre : elle a ses dépenses
obligatoires et ses recettes propres. Lors de la dernière
séance du Conseil de Communauté, qui était
d'ailleurs intéressante à cet égard,
des voix se sont élevées parmi les maires
des autres communes pour commencer à protester. Je
crois que, à un moment donné, il faudra que
nous changions tous ensemble de fonctionnement car vous
ne pourrez pas aller plus loin avec ce consensus formel
qui tend à faire croire que la communauté
urbaine n'est que l'addition des politiques communales.
Il
faudra tous ensemble dégager des consensus sur les
contenus des politiques communautaires que nous voulons
et cela sera un tout autre exercice.
3-Déjà,
sur les questions de transports en commun, certains maires
des communes périphériques commencent à
dire : "Nous ne voulons pas payer pour la R.T.M."
Alors même (troisième remarque que je voulais
formuler) que les
questions de transports en commun concernent toute la communauté
urbaine. Nous avons soutenu, entendu
le projet que vous portez, que présente M. Renaud
Muselier, qui est extrêmement courageux et fort, à
l'égard duquel nous n'avons jamais négocié
notre soutien. Il s'agit d'un projet difficile. Vous n'êtes
pas au bout de vos peines mais sachez par avance que nous
serons toujours à vos côtés dans cette
affaire si compliquée.
Nous avons, à cet égard, une première
remarque. Nous avons lu les déclarations sur les
financements de ces projets de métro et de tram.
Nous avons également vu avec plaisir que M. Muselier
avait déclaré que la solution inévitablement
se trouverait dans des emprunts à long terme. Nous
tenons à dire par avance que nous soutenons ce recours
aux emprunts à long terme. Nous considérons
qu'il s'agit en effet de la bonne solution, faisant ainsi
litière au passage des critiques (que vous faites
pourtant souvent) qui voudraient que chaque maire soit responsable
de ses propres emprunts sur la durée de son mandat.
Aucun
investissement de grande ampleur ne doit être financé
à court terme et, si un allongement
de la durée de remboursement des emprunts a pu être
opéré, nous en sommes contents. Il n'y a aucune
raison qu'une génération de Marseillais (ne
parlons même pas d'un seul mandat) ait à porter
le coût d'investissements qui vont servir à
Marseille et à l'agglomération marseillaise
pendant un siècle et plus.
Nous avons une autre inquiétude sur laquelle nous
voulons attirer votre attention. Vous pourrez faire tout
ce que vous voudrez dans Marseille pour les transports en
commun, tous vos efforts seront vains tant
que continueront à venir tous les jours en voiture,
seuls dans leur véhicule, des dizaines de milliers
de gens habitant la périphérie : ces investissements
dans Marseille seront inutiles.
Nous appelons donc tout de suite votre attention sur le
fait que nous souhaiterions vous voir vous impliquer sur
ces questions centrales, aussi importantes que le métro
et le tram dans Marseille, que sont la liaison ferroviaire
avec Aix, la liaison ferroviaire avec Aubagne, la liaison
ferroviaire du littoral vers Martigues et une liaison en
site propre vers l'aéroport. Nous ne comprenons pas
que la Communauté urbaine dont c'est justement un
des enjeux majeurs ne se fasse pas entendre sur ces questions.
4-Ma
dernière remarque a également trait à
cette prise en compte par la Communauté urbaine du
contenu de certaines politiques essentielles, loin d’un
simple accord formel entre les maires sur leur indépendance
respective: le volet du logement. Nous assistons à
une flambée des prix dans notre ville qui fait qu'aujourd'hui
il
est de plus en plus difficile de se loger pour les Marseillais,
pour les jeunes, pour toutes les personnes qui n'ont pas
les moyens d'accéder au marché telle que l'offre
se présente à eux, et qui (nous le craignons
et nous vous incitons à y réfléchir)
sont en train de renouer avec une pratique ancienne c'est-à-dire
chercher à se loger dans les communes périphériques
en recréant ainsi le cercle infernal des transports
contre lequel il faut lutter. L'inexistence
d'une réelle politique du logement pour tous nos
concitoyens à l'échelle communautaire est
navrante. Là encore le consensus
actuel sans contenu favorise l'exaspération du chacun
chez soi entre les communes. Ce n'est pas cela qui permettra
de trouver des solutions à la mesure des problèmes.
Pour conclure, Monsieur le Maire, nous ne sommes ni des
mouches du coche ni des imprécateurs. Nous sommes,
à la Convention Citoyenne, soucieux que les citoyens
sentent que le
débat entre nous est un débat sérieux.
Ne refaisons pas les campagnes électorales lors de
l'examen de chaque budget. Nous nous sommes présentés
il y a deux ans sous la bannière de René Olméta
pour une autre politique. Pour autant, nous ne pouvons pas
dire que tout ce que vous faites est mauvais. D'ailleurs,
nous votons, comme tout le monde ici, près de 90
% des rapports que vous présentez.
C'est dans cet esprit, et comme l'année dernière,
que les élus de la Convention Citoyenne s'abstiendront
sur vos propositions budgétaires.
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