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Conseil
municipal de novembre 2003 : Philippe Sanmarco
Avant-port:
avec ou sans America,
notre opposition est totale
Monsieur
le Maire, mes chers collègues, très rapidement,
je voudrais développer quatre idées.
1-Tout
d’abord, Monsieur le Maire, vous
avez bien fait de réagir comme vous l’avez
fait et de poser la candidature de Marseille
avec une capacité et une rapidité dans la
réaction qui vous honorent et qui honorent l’ensemble
de vos collaborateurs et des fonctionnaires municipaux qui
ont participé à ce qui est un beau défi.
Vous avez bien fait de le faire et nous avons tous été
à vos côtés à ce moment-là.
Qu’aurions-nous dit si vous ne l’aviez pas fait,
d’ailleurs ? C’est la vocation naturelle de
Marseille que de recevoir la Coupe de l’America. Il
était donc normal que vous hissiez haut le drapeau
de notre ambition collective. C’est cela que signifient
le soutien de nos concitoyens et le nôtre à
cette candidature.
2-En
même temps, dans la manière de procéder
vous
avez fait le choix du secret. Vous nous
avez expliqué pourquoi. Nous pouvons comprendre vos
raisons, mais on n’est pas obligé de les partager.
Si vous aviez vraiment voulu que le consensus ne se limite
pas au principe de la candidature mais concerne le contenu
de vos propositions, vous pouviez parfaitement nous associer
à l’élaboration de votre offre. À
charge naturellement de respecter le secret lorsque celui-ci
est nécessaire. Vous en avez décidé
autrement, c’est votre droit. Mais ne vous étonnez
pas d’entendre aujourd’hui des remarques, des
critiques et des suggestions que nous aurions pu plus utilement
exprimer plus tôt et dont vous auriez pu tirer avantage.
Vous nous avez contraints à être jusqu’à
maintenant des spectateurs, alors que nous devons bel et
bien nous prononcer sur le fond, au risque d’affaiblir
cette candidature. Ne nous reprochez donc pas d’agir
en fonction d’une méthode que vous avez vous-même
choisie.
C’est donc par voie de presse que nous avons naturellement
suivi ce dossier. Et ce n’est qu’hier soir que
nous avons découvert ce dossier, pour ses éléments
essentiels, c’est-à-dire les annexes, et pour
le rapport lui-même, il y a une huitaine de jours.
Je dis cela, Monsieur le Maire, pour que vous compreniez
comment nous réagissons aujourd’hui. Nous essayons
de comprendre ce que vous faites et nous cheminons à
vos côtés, aussi loin que nous pouvons, mais
voilà les contraintes de travail qui sont les nôtres.
3-
Or pendant que vous pratiquiez le secret, la presse nous
informait dès le mois de juillet :
"Coupe de l’America, l’entrée du
Port métamorphosée", avec un plan qui
finalement est celui que nous avons retrouvé hier
soir. Et deuxième volet de votre démonstration
depuis cet été : "l’extension
du Vieux Port devra de toute façon se faire",
Les Échos du 31 juillet. Donc, là,
tout à coup, nous sommes informés par voie
de presse qu’il se passe quelque chose dans l’avant-port
et que, de toute façon, vous allez le faire, Coupe
de l’America ou pas. Comprenez que nous soyons inquiets.
Le secret, si bien gardé à l’égard
des élus que nous sommes, mais dont on retrouvait
des pans entiers dans les journaux, comprenez que nous ayons
senti là une manœuvre pour nous forcer la main,
en se servant du prétexte de l’America.
Mais pendant ce temps des
questions se posaient. Ce n’est
pas nous qui les posions : nous ne vous avons jamais gêné,
à aucun moment de cette démarche, et je vous
demande de nous en donner acte collectivement. Mais des
questions vous ont été posées et nous
en avons l’information par voie de presse.
Déjà, M. Colardel, le Directeur du futur Musée
prévu sur le J4, déclare dans Marseille
l’Hebdo du 23 juillet : "tout cela complique
l’implantation éventuelle du Musée à
Marseille". Ce sont des inquiétudes légitimes
auxquelles on aurait aimé entendre vos réponses
au moment opportun. Le Président de l’Ordre
des Architectes parle, lui, carrément de "génocide
urbain", s’interrogeant sur le fait que
– je le cite – "cette réflexion
sur l’avant-port menée en un mois et demi est
à l’opposé de ce qui a été
proposé par Yves LION et balaye le reste".
Ce sont des questions que l’on aurait pu vous poser,
vous auriez pu nous répondre ou échanger,
nous aurions ensemble participé à l’élaboration
de ce projet. Vous aviez préféré la
démarche solitaire.
Et le Président de l’Ordre des Architectes
continue en s’interrogeant sur le fait qu’une
Ville – je le cite – "soit prête
à tout et n’importe quoi pour avoir la Coupe".
Et il dit aussi : "sur le fond, je ne suis pas
sûr que cela puisse rassurer les Suisses".
Donc, des questions sont posées. Malheureusement,
elles ne sont pas posées ici ; elles le sont dans
la presse par des personnes dont le moins que l’on
puisse dire est qu’elles portent une parole respectée.
Toujours dans la presse, il faut aller chercher dans La
Tribune de Genève – vous voyez, je fais
les efforts qu’il faut –, donc une presse pas
suspecte de je ne sais quel règlement de comptes
marseillo-marseillais, où l’on développe
la thèse soulevée par certains, qui sont cités
d’ailleurs, de la "côte d’azurisation
en cours ?" – avec un point d’interrogation
naturellement –, en disant qu’il peut y avoir
des effets négatifs qu’entraînerait l’accueil
de la Coupe de l’America, en particulier l’augmentation
supplémentaire des prix de l’immobilier, etc.
Donc, des questions se posent, Monsieur le Maire ; il est
légitime que nous les posions, malheureusement nous
n’avons pas pu le faire plus tôt.
Et, quand même, il ne s’agit pas que de gros
sous, il s’agît d’un événement
sportif. Il faut aller lire Voiles et Voiliers,
car on pourrait s’interroger de ce que pensent ceux
qui pratiquent cette compétition de haut niveau.
Dans le dernier numéro sorti que lit-on d’intéressant
? On parle de beaucoup de choses, de tout ce qui nous a
préoccupé jusqu’à présent.
En revanche, je cite : "on n’entend pas beaucoup
parler des candidats clairement affichés".
C’est quand même intéressant. Et il y
a tout un chapitre, dont je vous fais grâce, sur l’analyse
nominative de qui est capable et qui va probablement relever
ce défi. Et la conclusion de Voiles et Voiliers
est la suivante, je vous la lis très rapidement :
"L’un dans l’autre, on arrive donc à
une dizaine de challengers, avec beaucoup de si et pas
mal de peut-être, soit le même nombre que d’habitude".
Et là, j’en viens naturellement, Monsieur le
Maire, au fait que bâtir votre projet, tel que nous
le voyons depuis hier soir, sur une hypothèse de
17 candidats n’est pas réaliste. Et donc, les
infrastructures que vous prévoyez sont loin d’être
nécessaires, ce qui rend absolument inutile la construction
d’un avant-port.
D’ailleurs, vous avez dû sentir la faiblesse
de votre argumentation sur ce point essentiel et vous avez
procédé – et c’est un "vous"
de majesté : vous-même, vos adjoints et les
fonctionnaires qui vous aident – à une marche
arrière audacieuse. Cela a commencé par une
déclaration de M. Vallette à France Bleu Provence,
à 7h50 le 16 octobre. Le journaliste lui demande
: "oui, mais quand même, il y a deux hectares
gagnés sur la mer". Et M. Vallette répond
: "Non, ce n’est pas la taille exacte, ce n’est
pas précisé. Ce qui va se passer dans l’avant-port
va simplement améliorer beaucoup de choses dans cette
entrée du port". On apprécie l’humour
et la qualité du virage.
Vous-même, Monsieur le Maire, déclarez plus
clairement dans l’enceinte de la Communauté
urbaine, excusez-moi de devoir à nouveau citer la
presse mais vous ne nous avez pas laissé d’autre
choix : "Esplanade du J4, digue à revoir, projet
d’une digue pour former un avant-port" et on
vous cite, Monsieur le Maire, vous déclarez que cela
ne vous convient pas, vous venez d’ailleurs de le
répéter. Et vous dites : "Ce n’est
pas demain que l’on va la faire ! Que l’on se
rassure, on ne portera pas atteinte à la carte postale
!" On se dit : "Ah ! On est en train,
là, de faire un slalom intéressant et qui
nous rassure". Il ne s’agit pas de nous
rassurer, nous personnellement, mais il y a des personnes
qui s’expriment dans cette ville et elles sont respectables.
Nous sommes d’autant plus rassurés quand nous
lisons – vous avez mis dans votre dossier beaucoup
de lettres de sociétés nautiques qui vous
encouragent, vous auriez pu mettre aussi celles qui ne vous
encouragent pas – la lettre d’une association
sportive, que j’ai là, dont le président
vous écrit à propos de l’avant-port
s’appuyant sur le Fort Saint-Jean et exprime sa grande
inquiétude et son opposition. Cette lettre date du
9 octobre. Et vous lui répondez par une lettre du
16 octobre. Vous avez chargé votre directeur de cabinet
de la rédiger et de la signer, mais c’est bien
la réponse : "Monsieur le Maire m’a bien
transmis la correspondance que vous lui avez envoyée",
etc., et que dit votre directeur de cabinet dont nous savons
la compétence et l’importance qu’il a
auprès de vous ? Il dit : "J’avoue
que je suis très surpris. Le document auquel vous
faites allusion est une esquisse d’architecture destinée
à visualiser une possibilité d’aménagement."
Voilà qui nous plaît ! "Il ne représente
en aucun cas le projet définitif." Je ne
dénature pas vos propos ? Très bien !
M. Bertrand continue en disant : "D’ailleurs
les articles de presse n’ont pas plus de fondement
et sont, je n’en serais pas surpris, destinés
à créer un mauvais climat visant à
dissuader Ernesto Bertarelli." Et M. Bertrand
continue en disant : "Par ailleurs…"
– comme si c’était un ailleurs infranchissable
– "…le Port Autonome, lui, d’après
ce que j’apprends, va faire une concertation. Mais
le Port Autonome n’a rien à voir avec la Ville
de Marseille" ! Là, il ne faut pas de cela
entre nous, quand même ! Je ne vois pas le Port Autonome
s’aventurer dans cette affaire de Coupe de l’America
sans votre accord et d’ailleurs, vous l’avez
remercié tout à l’heure.
M. Bertrand conclut en disant : "Aucun projet définitif
n’a été arrêté. La concertation
qui a lieu en ce moment sous l’égide du Port
autonome est sur l’esquisse d’architecture et
ce n’est qu’après qu’un projet
sera proposé." Donc, nous nous disons,
on ne va pas les gêner, ils sont dans une négociation
difficile et on sent que le Maire est embêté…
Et nous vous faisons confiance car nous avons envie d’être
rassurés ; dans ces cas-là, toute parole qui
va dans ce sens, nous l’écoutons peut-être
avec trop d’importance.
Patatras ! Le 18 octobre, toujours par voie de presse je
lis : "Même sans Coupe de l’America,
les aménagements de l’avant-port seront réalisés."
Alors, là on se demande dans quels zigzags on est
en train de nous mener.
Et permettez-moi enfin de citer Marseille l’Hebdo
du 12 novembre, c’est-à-dire il y a quelques
jours. Je cite parce que c’est difficile à
comprendre, il doit y avoir des mots qui manquent ou alors
la confusion est volontaire. M. Gondard déclare à
propos de l’avant-port, : "La condition sine
qua non est de réaliser la darse sous le Fort Saint
Jean mais il ne dit pas qu’il faut la faire en même
temps. Nous devons prendre l’engagement, sous une
forme intangible, de la faire." Veuillez m’excuser,
je ne comprends pas ce que cela veut dire.
Donc, pour le spectateur attentif que nous sommes, c’était
d’abord mal parti, puis vous avez donné l’impression
de corriger et puis notre inquiétude revient. Finalement,
hier soir, on voit enfin le dossier est : il est comme d’ailleurs
la presse nous l’avait annoncé dès le
mois de juillet, avec cet avant-port que nous refusons.
4-
Dans ces conditions, j’ai l’impression
que certains vous ont tendu un piège parce que le
fait d’être parti sur cette histoire d’avant-port
condamne votre opération car même si vous la
réalisiez vous ne seriez jamais à temps,
alors que les régates vont commencer dans quelques
mois. Non seulement ce projet est impossible à réaliser
dans les délais, mais qu’il soit dit dans cette
enceinte que nous participons de ceux qui sont totalement
en désaccord avec la réalisation de cet avant-port,
qui défigurerait un site historique, qualifié
par M. Vallette "d’angle mort". Je vous
demande quand même d’apprécier le qualificatif
"d’angle mort" pour ce qui est l’entrée
majestueuse du Port de Marseille !
(Réprobations de M. Vallette)
Monsieur
Sanmarco.- Encore une fois la presse aurait
dénaturé les propos de M. Valette ? Décidément
c’est une habitude.
Notre opposition est donc totale devant ce projet qui va
créer en outre une passe extrêmement dangereuse
pour la plaisance. Un projet qui, s’il était
réalisé, priverait définitivement le
public d’un accès à la mer si important
et dont il vient juste de s’emparer. Et un projet
– je parle de la prolongation de la digue des Catalans
– qui imposerait aux cars ferries un zigzag compliqué
et dangereux par mistral. Car nous sommes là devant
un des endroits les plus exposés au vent.
Voilà,
Monsieur le Maire, nous ne sommes pas d’accord avec
cet élément du dossier. Vous vous êtes
exprimé – et je viens d’en faire la preuve
– de manière difficile à comprendre,
pour ne pas dire contradictoire. Si vous nous confirmez
aujourd’hui que ce dossier est tel qu’il nous
est présenté, avec la réalisation de
l’avant-port, nous serions contraints de voter contre.
Compte tenu de vos déclarations, et nous respectons
votre parole et nous ne demandons qu’à être
rassurés, compte tenu de ces déclarations
et compte tenu peut-être d’éléments
de négociation qui nous échappent pour l’instant,
nous nous abstiendrons provisoirement. Étant entendu,
Monsieur le Maire, que ce
n’est pas parce que l’on est politiquement majoritaire
que l’on a juridiquement raison : cette affaire d’avant-port
reste en l’état un sujet de contentieux, au
plein sens du terme. Merci de votre
attention. |