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Conseil
municipal
de Marseille du 15 novembre 2004
Nous
avons besoin de 10 000 logements par an dans les Bouches-du-Rhône
dont 2 400 logements sociaux: les clignotants sont au rouge !
COMMISSAIRE
RAPPORTEUR : M. VALLETTE Claude
DIRECTION GENERALE DE L'URBANISME ET DE L'HABITAT - DIRECTION
ÉTUDES ET AMÉNAGEMENT ? ZAC DE SAUMATY SEON
– 16ème arrondissement - Convention Publique
d'Aménagement entre la Ville de Marseille et Marseille
Aménagement - Compte Rendu Annuel à la Collectivité
au 31 décembre 2003 - Participation de la Ville à
l'équilibre du bilan - Avenant n° 5 à
la Convention Publique d'Aménagement.
Philippe
SANMARCO.- Monsieur le Maire, je formulerai trois
courtes remarques préalables pour essayer de comprendre
tous ensemble ce qui arrive à nos concitoyens, puis
quelques mots rapides d'analyse et enfin quelques propositions
constructives pour conclure.
Tout
d'abord merci d'organiser ce débat ici, au conseil
municipal de Marseille, mais nous savons tous que l'échelle
des problèmes n'est pas celle de la commune ni légalement
ni dans les faits. Si nous voulons parler correctement et
sérieusement des problèmes de logement, c'est
bien évidemment au minimum au niveau de la Communauté
Urbaine qui en a la charge légale qu’il faut
le faire, alors même que c'est une Communauté
Urbaine qui est plus petite que l'agglomération.
Je souhaiterais donc que ceci soit bien dans les esprits
en début de débat pour que celui-ci ait un
sens, d'autant plus que c'est un éminent et sympathique
membre du Parti Socialiste qui préside la Commission
Habitat Logement à la Communauté Urbaine.
Je veux être donc sûr que l'on retrouvera là
bas l’écho des affrontements sans compromis
auxquels certains se livrent ici avec théâtralité,
faute de quoi nos débats n'auront franchement plus
aucun intérêt, ne seraient que des mascarades.
Deuxième
remarque au préalable, il faut que nous ayons tous
conscience de la gravité de la situation qui est
singulière à notre agglomération, à
notre Département, comme on voudra. Souvent la presse
nationale appelle l'attention des Français sur ce
qui se passe dans le département de la Seine-Saint-Denis,
le célébrissime 93. Il faut savoir que le
nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté
est supérieur dans notre agglomération à
ce qu'il est en Seine-Saint-Denis. C'est là une singularité
qui rend beaucoup plus complexe qu’ailleurs la solution
des problèmes. Dans les Bouches-du-Rhône, on
en est à plus de 20 % d'habitants en dessous du seuil
de pauvreté, ce qui signifie qu'à Marseille
on est encore au-dessus. En Seine-Saint-Denis, c'est 17
% et dans la région Île-de-France c'est 9 %.
Nous sommes donc là, gauche et droite confondues,
confrontés à un problème d'une population
majoritairement et massivement plus pauvre qu'ailleurs.
Une
troisième remarque introductive pour essayer de comprendre
tous ensemble ce qui se passe est que, par exemple, sur
les Bouches-du-Rhône en 25 ans la population a augmenté
de 25 %, mais dans le même temps le nombre de ménages
a augmenté de 35 %. Or, quand on parle de logements,
ce n'est pas la population qui compte, ce sont les ménages.
Exemple sur Marseille : en 25 ans, la population a diminué
de 110 000 habitants mais dans le même temps le nombre
de ménages a augmenté de 22 000. C'est-à-dire
que nous sommes face à une situation qui est en partie
due au vieillissement de la population, en partie due à
l'augmentation du nombre de familles monoparentales, où
il y a une explosion de la demande.
Quand
on additionne les deux dernières remarques que je
viens de faire, on comprend que les besoins sont largement
non satisfaits. On les estime, d'après les chiffres
officiels, à 10 000 logements par an dans les Bouches-du-Rhône
dont 2 400 logements sociaux.
Soyons
donc conscients que tous les clignotants sont au rouge.
Le nombre d'attributions annuelles est en baisse. En 1999,
il y avait 13 000 logements livrés dans les Bouches-du-Rhône,
il y en a 9 500 en 2002. Le taux de vacance est devenu très
faible, le résultat est que le clientélisme
est maintenant roi, quelle que soit d'ailleurs la couleur
politique de ceux qui gèrent les offices d'HLM. La
durée de séjour a doublé dans toutes
les structures d'hébergement et le parc social privé
connaît dans le centre-ville de Marseille une réduction
massive.
Je
me suis souvent exprimé ici pour dénoncer
parfois bien seul ( je vois que certains se réveillent
aujourd’hui et je m'en réjouis, même
si leur intérêt relève d’un pauvre
mercato électoral ) ce qu’il pouvait y avoir
de scandaleux en matière de logements en particulier
dans le centre ville. Je vous rappelle d’ailleurs
qu’un certain nombre d'événements condamnables
n'ont cessé de se développer. Un exemple ces
derniers jours au 5 rue des Petites Maries : profitant de
l'absence de certains vieux retraités étrangers
(qui ne restent en France parce que sinon on ne leur payerait
plus leur retraite) qui ont été célébrer
le Ramadan à Alger, on en a profité, à
l’Hôtel Farid, pour jeter leur matelas par les
fenêtres pour empêcher leur retour. Ceci est
proprement scandaleux.
Monsieur
le Maire.- Ce n'est pas la Ville !
Monsieur
SANMARCO.- Ce n'est pas la Ville qui a commis ces
méfaits mais la Ville a une responsabilité
politique puisque tout ce fait dans ce secteur dans le cadre
d’une opération d’urbanisme dont elle
a la responsabilité. J'en ai déjà parlé
ici, je n'y reviens pas. J'en profite néanmoins pour
dire à cet égard et fort du combat que j'ai
mené souvent contre vous-même, personnellement,
Monsieur le Maire, contre ce qui se passait sur Belsunce,
que je ne comprends pas la polémique qui se passe
actuellement concernant la rue de la République.
Ce n'est pas parce qu'un propriétaire privé,
fut-il Américain, remplace un autre propriétaire
privé, fut-il Français et surtout en l'occurrence
défaillant, que les choses ont changé ! Et
personnellement, autant vous nous avez entendu critiquer
très sévèrement un certain nombre d'opérations,
sur celle-ci nous attendons de voir, nous entendons vos
propos et vos engagements et, sauf à vouloir participer
à des procès d'intention, vous ne nous trouverez
pas dans cette polémique.
Les
clignotants sont donc au rouge, ce qui signifie que la production
de logements est largement insuffisante. Aujourd'hui, elle
est pratiquement deux fois plus faible que les besoins et
la production de logements sociaux, Mme SERVANT a raison
de le faire remarquer, est uniquement sur les Villes de
Marseille, Aix et Arles, ce qui signifie bien que ce n'est
pas la peine de critiquer toujours sur les mêmes ou
d'exiger toujours des mêmes ce qui est un effort collectif
à partager.
Bref,
le nombre de logements manquants augmente, c'est-à-dire
que le nombre de nos concitoyens en difficulté ne
cesse d'augmenter, alors même que chacun fait les
efforts que personne ne nie, ce qui se traduit, comme chacun
a pu le constater et qui a été dit ici, par
une explosion des prix. J'entends dire à cet égard
que plus les prix augmentent, plus cela signifie que tout
va bien. Permettez-moi une simple remarque de bon sens :
la surcharge foncière c'est-à-dire ce qui
est au-dessus des prix de référence, concerne
en 2003, selon les chiffres officiels, 83 % des logements
en construction neuve. Ce qui signifie qu'alors qu'en l'an
2000 l'État donnait 4 000 Euros de surcoût
financier par logement, en 2003 il donne 8 500 Euros de
logement. Comme les budgets globaux n'augmentent pas, quand
on double la mise sur un logement, cela veut dire que l'on
en finance moins par ailleurs.
C'est
tellement vrai que les collectivités locales ont
été amenées à participer également
à la surcharge foncière et maintenant, en
2003, nous en sommes de leur part à 5 700 Euros par
logement. Nous sommes donc en tout à prés
de 15 000 Euros de participation du contribuable public,
quel qu'il soit, l'État ou local, pour chaque logement
construit. Excusez-moi, mais on marche sur la tête
! Il y a là un appauvrissement collectif et un étranglement
qui limite toutes les politiques qui peuvent être
mises en œuvre.
Il
y a un mistigri des poches du malheur ...
Monsieur le Maire, en conclusion, on a une demande qui explose,
on a un volume de logement social qui n'est pas à
la hauteur des besoins. Il ne s'agit pas de nier ce qui
est fait mais par rapport aux besoins c'est insuffisant.
La seule offre qui augmente dans cette ville, c'est l'offre
soit de logements de luxe, et il est vrai qu'il en faut,
et les squats. Or, à force de ne pas régler
le problème du logement social, nous avons en effet,
comme une espèce de mistigri des poches du malheur
dans notre ville, transféré les problèmes
d’un endroit à l’autre. C'est par exemple
ce qui explique la difficulté de la rue de la République
: ce n'est pas le relogement des personnes qui ont des baux,
ceux-là je fais confiance à la loi républicaine
pour qu'ils soient respectés, et si c’était
nécessaire je serai de celles et ceux qui se battront
pour les faire respecter ; par contre, à force d'avoir
mal traité ou non traité des problèmes
de logement social dans le centre-ville, en particulier
à Belsunce, on a laissé s'accumuler plusieurs
centaines, je n'ose pas penser plusieurs milliers, de squatters
rue de la République ou ailleurs, qui, ceux-là,
évidemment, ne sont protégés par aucune
loi. Et donc il y a là un mistigri des poches du
malheur : quand on règle mal un problème quelque
part, on transfère la difficulté ailleurs.
Monsieur
le Maire, je voudrais conclure par trois propositions rapidement.
Premièrement, les chiffres les plus variés
circulent, essayons tous ensemble de nous mettre d'accord
sur les chiffres, qu'il y ait une conférence de consensus
sur un diagnostic, sur un besoin. Quand même, si on
a envie de le faire, on pourrait y arriver. Or, à
cet égard, nous sommes confrontés maintenant,
y compris nous les élus, ne parlons pas des citoyens
pour lesquels tout est fait pour qu'ils n'y comprennent
rien, un empilement de documents, le Plan Local de l'Habitat,
qui lui-même a été transféré
à la Communauté Urbaine, ce qui a permis de
tout reprendre à zéro et qui n'est pas applicable,
un Schéma de Cohérence Territoriale, un GPU,
un Contrat d'Agglomération, une Directive d'Aménagement
du Territoire, j'en passe et des meilleures, le POS transformé
en PLU, le SCOT… Bref, on refait toujours tout, on
redit toujours les mêmes choses de débats en
débats et la réalité, c'est que l'on
ne fait rien ! Donc, première proposition, essayons
de nous en sortir tous ensemble autour d'un consensus sur
les chiffres.
Deuxième
proposition, Monsieur le Maire, sur ces questions, à
la louche il y a au moins dix intervenants : l'État,
le Conseil Régional, le Conseil Général,
la Communauté Urbaine, la Ville de Marseille, l'ANAH,
la Caisse des Dépôts, les investisseurs privés,
qui ont évidemment un rôle majeur, la Caisse
d'Allocations Familiales (qui rend solvable) et EUROMED.
Cette inflation de partenaires conduit inéluctablement
à l'irresponsabilité. Chacun se tient par
la barbichette, il pourra toujours faire porter la responsabilité
de l'échec au voisin. Vous avez un rôle majeur
à la fois en tant que Maire de Marseille et Président
de la Communauté Urbaine : il est donc souhaitable
que vous vous imposiez naturellement comme le chef d'orchestre
afin qu'une parole politique soit dite et qu'elle soit claire
pour l'ensemble des acteurs.
Et,
dernière proposition, pour que tout ceci ait un sens,
il faut qu'il y ait une conférence annuelle d'évaluation,
où l'on se dit "ceci a marché",
"ceci n'a pas marché", "pour ceci
vous n'êtes pas contents mais nous, nous le sommes".
On a le droit de s'opposer, mais, au moins, en sachant de
quoi on parle.
Monsieur
le Maire, vous avez l'expérience pour cela. Il a
été dit à plusieurs reprises que vous
avez les outils ; vous avez un gouvernement ami ; on vient
de noter d'ailleurs que le Secrétaire l'État
au Logement est plutôt quelqu'un qui a l'air d'avoir
un discours qui plairait à l'ensemble de cette assemblée
; les Ministres De ROBIEN et BORLOO sont plutôt des
personnes qui sont créditées d'une sensibilité
en la matière ; donc a priori, il n'y a pas de raison
que nous n'ayons pas des relais qui conviennent. En clair,
en matière de logement vous ne pouvez pas vous en
remettre aux seules lois du marché. Il vous appartient
d'être celui qui sortira le logement social de l'ornière,
c'est-à-dire répondre aux besoins des Marseillais,
tels qu'ils sont, dans leur diversité, qui est aussi
notre richesse.
Merci
Monsieur le Maire.
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