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Conseil Municipal de Marseille du 21 mars 2005
Pour
un Institut du monde arabe à Marseille
Monsieur
RAHMANI.- Monsieur le Maire, je voudrais tout d’abord
indiquer au Ministre MATTEI que le dossier qui porte tout
particulièrement sur un soutien à l’Institut
d’Études et de Culture Juives va tout à
fait dans le sens de notre volonté de faciliter la
mise en œuvre de structures d’études et
de culture en direction des communautés diverses
de notre ville.
Ainsi, nous améliorons les connaissances des autres
cultures. Ce dossier est important puisqu’il porte
sur la connaissance des cultures des autres, ce qui nous
paraît être extrêmement important et notamment
dans le cadre du futur MUCEM que nous espérons voir
un jour. Monsieur le Maire, nous favorisons ainsi le dialogue
interculturel en ces temps troublés particulièrement
dans une partie du monde à laquelle nous sommes tous
sensibles et où l’espoir d’une paix naissante
pointe à l’horizon.
Ce rapport me permet également de vous alerter et
de vous interpeller, Monsieur le Maire, sur une situation
plus locale, ici, chez nous, à Marseille, et qui
a trait au constat alarmant que l’on peut faire d’une
dérive communautariste, religieuse, identitaire,
sur quelques territoires défavorisés de Marseille.
Par exemple, certains jeunes en grande difficulté
économique et sociale, dépourvus le plus souvent
d’un suivi socio-éducatif et culturel, voire
socioprofessionnel, semblent avoir trouvé auprès
d’associations religieuses de leur quartier des éléments
de resocialisation et de reconstruction identitaire. La
mise en avant de leur culture d’origine, de leur appartenance
religieuse, constitue alors une réponse à
ce qu’ils vivent, eux, comme l’échec
d’une intégration sociale, économique
et culturelle.
Une confusion savamment entretenue par quelques apprentis
sorciers s’instaure chez ces jeunes entre ce qui vient
de la religion et ce qui vient de la tradition et de la
culture d’origine. Tout est prétexte pour enfermer
moralement les jeunes devenus ainsi captifs, du comportement
vestimentaire en passant par l’alimentaire, dans les
cantines notamment, et tout ce qui touche le système
éducatif, jusqu’à la façon de
s’exprimer. Cette dérive constatée est
grave, mes chers collègues, pour les jeunes eux-mêmes,
grave pour le système éducatif, grave pour
les travailleurs sociaux désemparés et grave
pour la République !
La réponse apportée jusqu’à présent
à cet état de fait est largement insuffisante.
Centrer l’action de l’État ou des Collectivités
Territoriales exclusivement sur la lutte contre les discriminations
ne permet pas de régler le problème, qui est
un problème de fond. Bien sûr, la lutte contre
toute forme de discrimination dont est victime une partie
de nos concitoyens, et notamment quand ils sont issus des
quartiers d’habitat populaire, est essentielle.
Et il s’agit là d’une plaie qui gangrène
notre société mais qui n’est pas une
fatalité. Il faut, face à cette situation
alarmante, que les élus, que l’État,
que les associations, jouent pleinement leur rôle
en n’abandonnant pas ces territoires urbains aux fondamentalistes
et démagogues qui pourrissent notre débat
et entraînent notre jeunesse vers des voies sans issue.
Nous savons par ailleurs que la majorité de ces jeunes
est animée d’intentions pacifiques, de fraternité.
Mais nous voyons également que certains jeunes se
laissent aller à des dérives violentes, inqualifiables
et notamment lors des manifestations lycéennes de
ces derniers jours à Paris ; nous l’avons
tous vu.
Marseille, Monsieur le Maire, mes chers collègues,
a jusqu’à présent échappé
au pire. Mais les acteurs sociaux sont là et les
acteurs sociaux cèdent du terrain, les moyens manquent
terriblement. Monsieur le Maire, interrogez donc vos équipes
qui s’occupent de la Politique de la Ville et elles
sauront vous dire quelques vérités sur ce
fameux terrain. Nous sommes là devant un formidable
défi qui, s’il n’était pas relevé,
nous amènerait à être coupables de passivité
et d’irresponsabilité politique.
C’est la raison pour laquelle nous vous demandons
d’organiser autour de vous et dans les meilleurs délais
possibles, avec tous les responsables concernés,
une réunion de travail, afin d’examiner la
situation qui se pose au sein de cette ville, et prendre
à la suite les mesures qui s’imposeront.
Monsieur le Maire, vous avez en juin 2001 proposé
la constitution d’un Comité de pilotage afin
de répondre à une demande pressante de la
Communauté Musulmane qui souhaitait édifier
dans cette ville une grande mosquée, et vous avez
bien fait ! Nous avons tous, hélas depuis trop
longtemps, bâti un climat politique détestable
et de dramatisation dans ce domaine.
En quoi une mosquée belle, transparente, mettrait
en cause la cohésion de notre ville ou la cohésion
de notre République ? Nous n’avons rien
à craindre, mes chers collègues, de la construction
d’un tel édifice. Au contraire, nous avons
à en espérer et beaucoup ! Un projet
architectural qui s’insère dans la ville, des
lieux de vie, c’est la possibilité pour une
partie croyante de la population de faire vivre la foi qui
donne sens à la vie.
Toutes les religions doivent s’exprimer dans leurs
différences et leurs richesses respectives. Je sais
que vous y veillez, Monsieur le Maire, avec votre équipe,
votre élu chargé des communautés. Mais,
malheureusement, votre initiative n’a pas été
suivie d’effet pour le moment et il y a nécessité
aujourd’hui, me semble-t-il, de dépasser les
contradictions, les désaccords, pour obtenir le meilleur,
le signal fort en direction d’une population majoritairement
croyante, insérée, citoyenne mais frustrée
de ne pas disposer d’un vrai lieu de culte, certes,
mais aussi d’un centre culturel tel que vous l’aviez
proposé.
Alors, Monsieur le Maire, pourquoi ne pas reprendre l’initiative
sur son territoire et où la pression question cultuelle
n’est pas centrale ? Je vous propose, Monsieur
le Maire, dans l’attente d’une union sacrée
des responsables religieux musulmans pour la mosquée,
d’avoir un geste fort pour un institut culturel qui
engagerait les Collectivités et l’État
et non pas les religieux, pour un institut culturel arabo-musulman
qui aurait du sens et qui serait la fierté de cette
ville. Marseille, comme d’autres capitales régionales,
a besoin de ce lieu culturel.
Je l’ai dit précédemment : pour
nos jeunes, pour l’ouverture de la ville, pour la
compréhension réciproque, pour la diversité
culturelle, pour l’image de la ville, il faut penser
cet équipement comme un équipement de prestige,
mais qui fasse honneur à notre ville. Aussi, sans
attendre et sous votre autorité, nous vous proposons,
Monsieur le Maire, de mettre en place une équipe
laïque composée de personnalités de toutes
origines et qui sont reconnues pour leurs qualités,
pour leurs compétences, pour leurs travaux, et qui
pourraient vous proposer d’ici au mois de juin prochain,
pour prendre une date avant l’été, une
proposition argumentée et chiffrée sur ce
futur Institut.
J’ai entendu que certaines Collectivités et
même quelques personnes représentant l’État
ont fait savoir qu’elles seraient disposées
à soutenir de tels projets. Ce sera l’occasion
de fédérer cette volonté. Ainsi la
balle est dans votre camp, Monsieur le Maire. Je vous remercie.
Monsieur
le Maire.- M. RAHMANI, je ne savais pas à
quel moment vous interviendriez pour évoquer tous
ces sujets qui sont importants. Marseille, vous l’avez
dit, a une situation plus intéressante, due sans
doute à ses vingt-six siècles d’histoire,
due sans doute à Marseille Espérance, que
dans d’autres villes de France. Et, par conséquent,
je répète assez que je souhaite une ville
fraternelle et généreuse.
Je pense que tous les élus du Conseil Municipal,
comme vous, ont lu cet article dans Le Monde, qui nous a
interpellés, comme on dit maintenant, sur le spectre
des violences anti-blancs. Et hier soir, à la télévision,
il y avait d’ailleurs un reportage sur ce sujet. Nous
n’avons pas eu – Dieu merci – à
subir de pareilles choses, ici, à Marseille et c’est
une bonne chose.
Je rappelle aussi à M. RAHMANI qu’en ce
qui concerne la Municipalité, l’investissement
social est, dans le budget que nous présentera M. TOURRET
tout à l’heure, en augmentation de 3,5 %,
et qu’il ne faudra pas s’arrêter là.
Effectivement, vous avez évoqué une attitude
qui peut paraître ne pas refléter les valeurs
fondamentales de la République. Je le dis franchement :
je ne suis pas favorable au communautarisme. Ici, quelle
que soit son origine, quelle que soit sa religion, quelle
que soit sa couleur de peau, pour moi il y a des Marseillais.
Et dire "je paye cela, je donne cela, je finance cela"
aux communautés qui existent, organisées dans
la ville, cela ne me convient pas et je pense que c’est
à la limite des principes mêmes de la République !
(Applaudissements dans les rangs de la majorité)
Monsieur
le Maire.- Je répète, là comme
dans d’autres domaines, que d’ailleurs l’argent
n’appartient pas à une Collectivité
Territoriale, que les ressources fiscales ne sont pas aux
mains d’une coalition politique quelle qu’elle
soit. C’est l’argent des Marseillais et c’est
l’argent qui doit être utilisé à
l’égard de tous nos concitoyens, de la même
manière. Comprenne qui voudra comprendre !
Alors, sans lien avec la montée de l’intégrisme,
en ce qui concerne notre domaine de compétence, nous
nous sommes attelés à un véritable
travail de fond concernant en particulier, ici, les lieux
de culte musulman puisque c’est ce que vous évoquez
maintenant. J’ai demandé un état des
lieux complet des 60 lieux de culte des musulmans. Nous
travaillons en collaboration systématique avec le
CRCM pour toute nouvelle demande ou régularisation
pour l’Islam de proximité. Ces dossiers sont
en cours. Dans les 11e et 12e arrondissements, un terrain
va être cédé pour la construction d’une
mosquée et d’un centre culturel de proximité.
Dans les 13e et 14e arrondissements, nous avons un gros
dossier de régularisation et de mise aux normes,
en cours.
Systématiquement, lorsqu’une demande de foncier
pour un lieu de culte nous parvient, quand cela est possible,
nous proposons un terrain ou un bâti permettant de
réaliser un lieu de culte décent et plus grand,
dans la mesure où nous arrivons en parallèle
à fermer les petits lieux de culte environnants,
bien souvent illégaux et non sécurisables.
Le CRCM est associé à cette démarche,
qui ne peut être acceptée et fructueuse que
dans la négociation.
Des demandes permettant le regroupement sont en cours ou
vont l’être dans un proche avenir, notamment
dans les 13e et 14e arrondissements, mais aussi dans le
1er arrondissement. Pour cet Islam de proximité,
l’accord des Maires de Secteur est bien évidemment
indispensable.
En ce qui concerne la grande Mosquée, la position
de la Municipalité est toujours la même. Si
les trois grandes tendances que l’on retrouve à
Marseille se mettent d’accord et proposent à
la Municipalité une association qui comprendra un
nombre suffisant de femmes et de personnes de la société
civile, ainsi que des religieux, le tout comprenant les
ethnies les plus importantes présentes à Marseille,
il y a aura à ce moment-là une poursuite un
peu plus active des négociations sur la grande Mosquée.
En tout état de cause, il est hors de question de
donner satisfaction à un clan plutôt qu’à
un autre. Je vous rappelle que le CRCM PACA est le seul
en France à avoir vu un tiers de ses élus
démissionner, déjà. Ce n’est
pas la Municipalité qui sème la division.
Je n’oublie pas l’aspect culturel qui est essentiel
dans la lutte contre l’intégrisme. Je suis
d’accord pour mettre en place, comme vous le suggérez,
une étude-action sur le principe de la réalisation
d’un Institut culturel arabo-musulman, nous l’avions
d’ailleurs envisagé à plusieurs reprises,
ce qui permettrait effectivement dans un délai raisonnable
de disposer de tous les éléments techniques
et financiers en vue de la réalisation d’un
tel projet.
En ce qui concerne les carrés musulmans, nous nous
en entretenons régulièrement avec M. BENZI.
Un effort particulièrement important a été
réalisé en concertation étroite avec
le CRCM. Lors d’un entretien que j’ai eu en
juillet 2004 avec le Président SERFAOUI, celui-ci
m’a alerté sur la situation d’une partie
de la fosse commune musulmane du Cimetière Saint-Pierre.
M. BENZI a donné des instructions immédiatement ;
le nettoiement et le gravillonnage ont été
faits immédiatement, cela venait après des
pluies qui avaient été particulièrement
importantes.
En 1995, lors de ma première élection en qualité
de Maire, il n’existait qu’un carré musulman
de 1 000 m², sous le régime des fosses
communes. Dès notre arrivée, mes chers collègues,
j’ai fait aménager un nouveau carré,
qui a permis d’offrir deux options : d’une
part, des concessions ; d’autre part, des fosses
gratuites. L’ancien carré musulman va faire
l’objet, d’ailleurs, d’un réaménagement
complet.
Aujourd’hui, les Musulmans de Marseille disposent
de plusieurs carrés dignes de ce nom au Cimetière
Saint-Pierre, au Cimetière des Aygalades et aux Vaudrans.
Pourtant, la Municipalité continuera à faire
des efforts importants dans ce domaine, car les Marseillais
musulmans sont de plus en plus nombreux à souhaiter
être enterrés dans leur ville ; c’est
là une meilleure preuve de l’intégration.
Je dois vous préciser que Marseille est peut-être
la seule Ville de France à avoir fait aussi l’effort,
mes chers collègues, de loger, au franc symbolique,
le CRCM dans des locaux confortables et bien situés,
à la hauteur de l’ambition institutionnelle
de cette jeune instance, au centre-ville. Ainsi, concernant
nos compatriotes musulmans dont je rappelle que plus de
la moitié est française et tous marseillais,
notre Ville se doit d’être exemplaire.
Ceci se relie à autre chose. Depuis quelques jours,
on a entendu que le gouvernement algérien souhaitait
justement peut-être faire en sorte que pour un certain
nombre de nos compatriotes français enterrés
là-bas en Algérie, si c’était
souhaité, les corps ou les cendres puissent être
transférés en métropole. Il va de soi
qu’avec M. BENZI nous avons déjà
regardé comment répondre bien entendu très
favorablement et de la manière la plus digne et la
plus discrète, si des questions en ce sens nous sont
posées.
Donc, tout ceci ne relève pas d’une politique
politicienne. Tout ceci ne relève pas de banquets
au cours desquels, dans la chaleur amicale des réceptions,
on peut dire à peu près tout et n’importe
quoi ! La réalité, les Musulmans marseillais
la connaissent, les autres Marseillais aussi ! Ici,
nous avons moins de drames dans cette ville que dans beaucoup
d’autres villes de France, de l’Est ou de la
région parisienne. Restons justement dans cette ligne
de respect des uns et des autres en faisant les efforts
que nous pouvons faire, sans vouloir acheter telle ou telle
Communauté.
(Applaudissements dans les rangs de la majorité)
Le
rapport 05/0131/TUGE mis aux voix par Monsieur le Maire
est adopté à l’unanimité.
Le
début du CM du 21 mars 2005 : Déclaration
de politique générale àl'occasion du
vote du budget : "Les élus de la Convention
citoyenne souhaitent qu’au-delà des contingences
politiques légitimes, les citoyens voient que l’on
trouve des solutions concrètes à leurs problèmes".
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