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Conseil
municipal de Marseille du 14 novembre 2005 - Tahar Rahmani
Les
violences urbaines : s’enfoncer dans une logique guerrière
et provocatrice, c’est attiser les flammes de la misère
sociale
Tahar
Rahmani - Nous
ne pouvons pas ne pas aborder la question des violences
urbaines qui ont lieu depuis le 27 octobre.
Et si nous pouvons nous féliciter que Marseille a
échappé à cette flambée de révolte,
je l’espère durablement, nous ne pouvons plus
continuer à ignorer une situation dramatique qui
va à la dérive.
Au-delà
des rodomontades du Ministre de l’Intérieur,
qui ferait mieux de jouer la discrétion, l’équité
et l’efficacité, plutôt que la provocation
gratuite, alors que le pays s’enfonce progressivement
dans l’affrontement même étouffé.
Nous assistons actuellement et de manière passive
à une aggravation de la pauvreté, à
une augmentation du nombre de Rmistes, à une diminution
importante des crédits aux associations de quartiers
sensibles, à une concentration d’écoles
ghettos et à des taux de chômage vertigineux
dans certaines zones de la ville.
C’est cela la cause de la révolte !
Vous
reconnaîtrez, je l’espère, le nombre
de fois où nous avons attiré votre attention
sur ce sujet.
Il
ne s’agit pas ici de noircir le tableau, non, il s’agit
de vous faire prendre la mesure, mais — vous le savez
sans doute — de la coupure intervenue entre de nombreux
habitants, notamment les jeunes de cités pauvres
sinistrées et du reste de la ville. De vous faire
également toucher du doigt cette violence sociale
dormante accumulée au temps du chômage et à
l’absolue précarité.
Les
violences urbaines sont avant tout les effets de cette violence
sociale chacun le sait. Nous en avons été
préservés jusqu’à présent,
veillons tous ensemble à ne pas prendre à
la légère les détresses économiques
et sociales des plus faibles d’entre nous ; La
solidarité nationale, la cohésion sociale
et l’effort financier doivent porter prioritairement
sur cette population. Et sur le plan local c’est à
votre niveau d’agir et de convaincre.
Les
seules ZFU ne suffisent pas, les crédits aux associations
sont insuffisants. Des dizaines d’entre elles ferment
ou licencient.
Au
niveau national, l’on estime qu’environ un collégien
sur cinq connaît d’importantes difficultés
d’apprentissage, tandis que 60 000 jeunes sortent
encore chaque année du système scolaire sans
la formation leur permettant de s’insérer dans
la société. Ces chiffres sont proportionnellement
supérieurs dans les quartiers de la politique de
la ville où vivent des populations en mal d’intégration
économique, sociale et culturelle et dont beaucoup
souffrent de l’illettrisme.
Marseille
malheureusement est plus touchée qu’ailleurs,
d’où les BNQ, (bas niveaux de qualification)
d’où les difficultés d’harmonisation
de l’offre et de la demande. Marseille crée
sans doute de l’emploi, mais cela ne profite pas à
ces jeunes.
Nous
pourrions dire encore bien des choses, faire bien des analyses
et le feu éteint ici et là ne doit pas laisser
croire que c’est fini.
Mettre fin aux désordres, aux violences et rétablir
la tranquillité publique, c’est naturellement
une priorité.
Vous
nous accorderez que la sécurité de tous
est un bien commun. Le débat qui nous anime n’est
pas celui qui opposerait le camp des « défenseurs
des victimes » à celui des défenseurs
des « fauteurs de troubles »,
mais à trait aux chemins à emprunter pour
obtenir la paix sociale.
Offrir
également une politique de la ville forte, volontariste
et politiquement affichée.
Une
politique à l’adresse de notre jeunesse paumée.
S’enfoncer
dans une logique guerrière, provocatrice c’est
continuer à attiser les flammes de la misère
sociale.
C’est jeter du sel sur des plaies déjà
vives ; en un mot, c’est une faute politique.
Nous
vous demandons M. Le maire de prendre l’initiative
et de ne pas attendre, ni le désordre, ni les dérives
sociales.
Vous
devez réunir le mouvement associatif et faire le
point avec lui de la situation dans notre ville.
Nous vous engageons à réunir les responsables
économiques : Les chambres consulaires, l’union
patronale, les groupements économiques, Les associations
d’insertion, les organismes de formation, qui pourront
vous faire des propositions dans le domaine de l’emploi
et de la formation.
Enfin, en matière de sécurité de proximité
vous devez être considérés comme l’interlocuteur
privilégié de l’état, vous avez
à en assumer la charge et en rendre compte. À
ce propos, qu’en est-il du fameux CLS mis en place
depuis 8 ans ?
Vous devez réunir les responsables politiques majorité
et opposition confondues et proposer des pistes d’actions
prioritaires pour agir ici et maintenant.
Bref, nous vous invitons à être le Maire qui
devance les situations, et non qui les subit, sous prétexte
qu’ici à Marseille nous serions à l’abri
et bien protégés par la bonne mère.
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